Les origines

Qu'est-ce que le Penchak Silat ?


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Le Penchak Silat est un art martial d'origine malaise issu de deux principaux courants d'arts martiaux : le penchak (originaire de Java, Madura et Bali) et le Silat (originaire de Sumatra).

Il est traditionnellement utilisé par les commandos indonésiens.
L’Académie Franck Ropers puise son enseignement auprès du Maitre Turpijn et du style Sétia Hati Tératé.

Penchak Silat signifie "aptitude à combattre avec des mouvements variés et appropriés" ; Penchak se définit comme "mouvements variés et habile du corps" et Silat comme "art de combattre".

En Penchak, tous les aspects du combat sont abordés : des percussions, des balayages, des projections, des clés, des luxations, des esquives et du combat contre et avec armes…



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La plupart des techniques de Penchak sont pensées pour tuer l’adversaire…

L‘objectif du Penchak Silat est d’être efficace en combat réel. Les combattants expérimentés utilisent des ruses, frappent exclusivement des points vitaux et savent rentrer en transe afin de ne pas avoir peur et ne pas sentir les coups…

Le Penchak Silat, comme de nombreux arts martiaux asiatiques, est constitué de techniques issues de l’observation des combats d’animaux de la jungle. Par exemple, le Harimo ou style du tigre est l’un des styles les plus ancestraux de Sumatra. Dans ce style, l’accent est mis sur des positions très proches du sol : penché, couché, assis ou accroupi. Les pratiquants d’Harimo apprennent à utiliser leurs mains comme « pieds d’appoints » et leurs pieds comme « mains supplémentaires ».

Les formes codifiées



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Comme dans de nombreux arts martiaux, il existe des combinaisons codifiées de techniques (comme les katas du Karaté ou les taos du Kung fu) appélées Langka et des exercices de déplacement appelés Jurus. Le style Sétia Hati Tératé

Parmi les 150 styles de combat dans l’archipel indonésien, un des styles les plus connu est le Sétia Hati Tératé qui était représenté en Europe par le maître Turjpin, originaire de Java. Le nom de cette école associe deux groupes de mots : Sétia Hati évoque « le cœur fidèle », référence à la fidélité envers les règles suprêmes. Tératé est le nom d’une fleur de Lys aquatique indonésienne, symbole de tranquillité sereine et de beauté, qui peut néanmoins se montrer tout à coup vénéneuse. Ce style a été créé par Ki-Ngabéhi Soherodiwirgo (alias Pak Soéro), né en 1907 et décédé en 1948.

Penchak Silat: la légende de Maître Turpijn

COR TURPIJN



ZENDOKAN MARS 1984



Java Est, Décembre 1942.



Le garçon en uniforme est sur les genoux, haletant dans la poussière. Des larmes d'impuissance coulent sur son visage, le mélangeant avec la sueur qui dégouline de ses sourcils. Il se relève encore, sachant que l'officier japonais le jettera encore contre le sol désséché, toujours aussi durement.



Arigato Gazaimasu. Tu es frappé, battu et dois dire "Merci". Il voulait joindre l'armée japonaise pour combattre les Banda (blancs) haïs. Personne ne lui avait dit que les "libérateurs", les japonais, seraient encore plus cruels qu'eux. Hashimoto rit. Il le soulève par les cheveux une fois encore.
Il aime ce jeu. Au sol une fois de plus. Alors, une brume rouge vient devant les yeux du garçon. Mataglap ! (Berserk)



Oubliant tout, il réagit instinctivement comme un prédateur dans sa cage. Un mouvement éclair, et la baïonnette est sortie de sa ceinture et plantée du dessous dans le cou de l'homme au dessus de lui.. Criant. Hurlant. Il fuit, vers la jungle protectrice.



Cor Turpijn grandit avec en toile de fond une Indonésie ravagée par la guerre. En tant qu'enfant de 13ans il a été recruté pour intégrer le Heiho, les troupes auxiliaires indonésiennes qui faisaient partie de l'armée japonaise. Lorsqu'en 1945, les anglais débarquèrent, guidant des troupes d'indiens, la situation devint encore plus chaotique; massacres à grande échelle d'européens, affrontements entre anglais et troupes indonésiennes et l'occupation de larges parties de Java et Sumatra par les troupes indonésiennes.



SETIA HATI Sabda Ing Pendita, Penchak Silat.



Après l'incident avec l'instructeur militaire japonais, Turpijn, âgé de 13ans, fuit dans la jungle et chercha refuge dans un monastère islamique, appelé Pondokan Pesan. Là, de la part de ces devots indonésien de l'islam, il en vint à connaître son Guru, Ki Hadji Ngabedi Surodiwirdjo, le fondateur du Penchak Silat Setia Hati.



Ensemble, avec 13 de ses contemporains, un époque était arrivée pour lui qui le couperait du monde extérieur pour 7ans.



ILMU BATIN



"Nous n'avions pas juste un entrainement physique à supporter. Nos capacités mentales ont été renforcées là bas. On nous apprenait à croire en ce que nous pouvions faire avec nos corps, tellement qu'à un certain point nous croyions que nous étions invulnérables. Bien sûr votre corps est vulnérable, mais avec votre esprit, vous pouvez accomplir des choses étonnantes...



Le moindre de ces effets est d'oublier la douleur, ne pas sentir les blessures.



Nous avions tellement confiance en notre force intérieure, L'ilmu Batin, que pendant l'entrainement, nous ne sentions pas quand nous étions touchés avec des bâtons, goloks, et parangs (couteaux/machettes).
Les gens normaux qui n'ont pas suivi de conditionnement mental vont évidemment souffrir des pires blessures, mais si tu as ce pouvoir, rien ne t'arrivera!"



L'entrainement avait lieu au coeur de la nuit, éclairé seulement par la lueur de la lune. Ces sessions éreintantes pouvaient continuer jusqu'au petit jour, leur guide spirituel les poussant plus loin, encore et encore. En plus des Langkahs, ils s'entrainaient beaucoup à neutraliser des ennemis. Il n'y avait pas de phases de sparring comme ici en Europe.



"Le sparring n'était pas nécessaire là bas. Si vous vous battiez ce n'était pas pour s'amuser! Vous combattiez pour la survie. C'était lui ou moi. Un combat est réel, ou alors un jeu, mais par conséquent n'est plus un combat.



Pendant un sparring, vous utilisez la force physique qui n'est jamais égale à la force mentale. Vous ne frappez jamais à 100%, comme on m'a enseigné et ce que nous avons dû traverser durant ces entrainements nocturnes ne peut vraiment pas être comparé avec ce qui se passe ici dans les dojo ou les salles de gym. En permanence, nous étions très conscients du fait que ce que nous faisions pouvait faire la différence entre la vie et la mort.



Par conséquent, je ne peux que rire quand j'entends les gens parler du Penchak en tant que danse. Bien sûr, certains de ses aspects sont dévoilés au public de cette manière, et montrés aux mariages et aux fêtes. Mais ne vous leurrez pas, le Penchak dans sa forme la plus basique est fait pour tuer!"



INDEPENDANCE ET LIBERTE



Une fois les japonais expulsés, les troubles qui avaient affecté l'Indonésie n'étaient en aucun cas terminés. Les anglais et les indiens vinrent et tentèrent de restaurer l'ordre. Les hollandais revinrent et essayèrent de récupérer leurs anciens droits. Mais les graines de la révolution qui avaient été plantées bien avant l'invasion étaient maintenant complètement développées, et finalement une République d'Indonésie vit le jour. Cor Tupijn, à cette époque avait rejoint un mouvement révolutionnaire clandestin qui combattait les Ghurkas, les anglais et ensuite même d'autres groupes indonésiens.



Combattant pour sa terre, son indépendance, pour sa liberté. Les combats à un contre un, homme contre homme, dans la jungle, là où les techniques de guérilla étaient principalement utilisées, n'étaient pas une exception.



"Vous ne pouvez en aucun cas imaginer ces combats comme des attaques planifiées. Il y avait deux, au plus trois, actions et il était neutralisé, ou tué. Nous utilisions presque toujours des armes, mais si vous l'aviez perdue pour une quelconque raison, vous deviez vous en remettre au Penchak Silat.



Comment cela se passait-il? Et bien, j'étais beaucoup plus jeune et fort alors, bien sûr. J'utilisais ce que nous appelions la "tactique du cobra". Depuis une position basse et fléchie, tu sautes, exécutes un ciseau au niveau du cou, et l'amènes au sol de cette manière. Ce qui marchait bien aussi était frapper au niveau des yeux, ou briser la mâchoire...



(Il tend ses mains et touche très brièvement les endroits susmentionnés. Il va doucement, mais la pression précise ne reflète que trop bien la puissance derrière le mouvement.)"



"Tu sais, j'ai du mal à voir le Penchak Silat en tant que sport. On me l'a enseigné tellement différemment. Mon Guru disait : "La mort est la reconnaissance de la défaite", et je crois beaucoup en cela. Pour pouvoir dire que tu m'as vaincu, tu dois me tuer, c'est aussi simple que ça."
Ensuite, en souriant : "Mais tu sais, c'était alors, les choses ne sont plus comme ça. J'ai appris à voir le Penchak comme un sport."

Après la déclaration d'indépendance, tous les combattants sont rappelés et ont leur dit qu'ils doivent commencer à recevoir une éducation. Alors, c'est le retour à l'école pour eux. La déception pour Turpijn et ses camarades est grande quand les promesses du gouvernement de Sukarno ne sont pas tenues. Parce qu'il n'a jamais eu le temps de recevoir une vraie éducation, il voit son ascension dans les rangs de l'armée. Après s'être marié à une indonésienne, elle le persuade de venir en Hollande.



La Hollande, au premier abord n'apparut pas comme une terre promise. De plus, à cause de son tempérament rebelle et de son caractère, il s'attira souvent des ennuis. Sa connaissance limitée de la langue et sa fierté de javanais ne font pas de lui une personne facile à vivre.



LE Penchak SILAT EN TANT QUE SPORT



"Encore et encore je m'attirais des ennuis. Avec mon patron, avec mes collègues, on en arrivait souvent aux mains. Viré. Puis j'ai eu un autre patron, et c'était encore la même histoire. Parce que je me débarrassais d'eux tellement rapidement, la rumeur courut que j'étais un bon combattant. Les gens commençaient à demander : comment as-tu fais çà? Quels sont ces mouvements étranges? Quel type de combat est-ce? Les gens voulaient que je leur enseigne et comme j'avais tant de mal à me comporter en employé, j'ai commencé à ouvrir des écoles. Mon seul regret est que les gens de Limburg (parce que c'est là que j'ai commencé) ne me voient que comme un combattant. Une fois que vous avez cette réputation, il est difficile de s'en défaire. Je sais, tout est de ma faute, mais j'étais jeune, avait un tempérament bouillant et parlais très mal la langue."



"J'ai eu aussi des moments difficiles avec mes collègues qui enseignaient le Penchak. J'ai vu certains d'entre eux faire leur truc et ne comprenait pas ce que je voyais. Je ne pouvais pas comprendre qu'ils puissent pratiquer le Silat d'une manière si sportive. C'était totalement contraire à tout ce qu'on m'avait appris. Avec un bon ami à moi, Pa Flohr, j'ai parlé de tout ceci, et ses bons conseils m'ont beaucoup aidé. A ma connaissance, j'étais le premier à diffuser le Penchak par le biais de démonstrations lors de Pasar Malams (une sorte de festival de la culture indonésienne, de la nourriture etc...). Maintenant que je suis plus vieux, je peux voir qu'en Hollande la situation n'était pas la même qu'en Indonésie lorsque j'y ai appris le Penchak et qu'il faut s'adapter à l'ère du temps.



Après tout, la Hollande est un pays civilisé où se battre dans la jungle (jungle fighting) est un peu inutile."



"c'est une honte qu'il y ait tant de division au sein du Penchak, parce que je sais qu'il y a tant de personnes qui s'impliquent. Sous peu, je vais aller en Indonésie pour parler aux autorités du Penchak là bas, afin de trouver une solution à la situation confuse en Hollande. Je suis content que la Paka Buana (une organisation qui a pour but d'unir le Penchak aux Pays-Bas) soit constituée de tant de jeunes enthousiastes. Je ferais de mon mieux, avec Pa Flohr, pour la diffuser autant ici qu'à l'étranger."



"Si j'enseigne encore? Bien sûr, et régulièrement même. Je vais aussi au domicile des gens pour leur enseigner en privé. J'avais beaucoup d'écoles, jusqu'à 24, mais vous savez les taxes hein? Ils m'ont bien eu, du coup j'ai dû réduire ces activités. Maintenant j'ai donné toutes ces écoles à des personnes que j'ai formées, et de temps en temps ils m'invitent. Cà fonctionne très bien et j'apprécie beaucoup ."



LE Penchak DILUE



Cor Turpijn est l'un des derniers à avoir étudié le Penchak dans sa forme première et à la question de savoir si le Penchak qui lui a été enseigné va disparaître, il répond :



"Beaucoup n'ont jamais "vraiment" appris et étudié le Penchak comme je l'ai fait en Indonésie. Ils ont appris une partie ici, une autre là, qu'ils mélangent avec un peu de kempo ou de karate. C'est pourquoi beaucoup de personnes rient des mouvements gracieux du Penchak Silat, parce que ces enseignant n'ont jamais étudié l'autre versant. ce n'est pas de leur faute bien sûr, mais parfois ça me fait mal de voir le Penchak dilué comme çà. Mais vous devez aussi réaliser que le Penchak a été développé pour les indonésiens, qui sont généralement plus petits et légers que les européens de l'ouest. Cela signifie d'abord que certaines techniques du Penchak doivent être adaptées si elles vont être utilisées sur un européen. Cela signifie qu'il faut travailler encore plus dur à toucher les parties vulnérables. Tu vois, le coup de pied à la tête c'est bien, mais vous les européens costauds, vous ne tombez pas forcément avec ça. Aussi, c'est une technique dangereuse, qui dans un vrai combat est aussi dangereuse pour celui qui l’exécute que pour celui qui la subit.



Mon Penchak Silat, je l'ai apporté, pour mes enfants et quelques étudiants spéciaux, donc à ce niveau je peux répondre par la négative à votre question (note de Enki : si le Penchak de Turpijn va disparaître).



Mais, nous vivons dans un monde civilisé avec des normes et des valeurs différentes de celles que j'ai eues il y a 40 ans. Les émotions qui vécurent en moi, la génération présente ne les a jamais connues, et sous cet aspect, le combat réel dans la jungle, le "jungle fighting", disparaîtra probablement quand je mourrai."